Beaucoup de sites, de blogs, de forums
sont consacrés à la guerre d’Espagne dont on vient de célébrer cette année 2016
le 80è anniversaire.
Commencée officiellement le
18 juillet 1936, cette guerre entre Républicains et Nationalistes ne fut pas qu’une
guerre civile, qu’un conflit fratricide, elle fut aussi un terrain d’essais
d’armes, de techniques de guerre d’armées professionnelles et de test des
diplomaties des Etats qui sont intervenus ou non dans ce conflit dans l’aide
aux belligérants. A peine trois années plus tard ces Etats allaient s’affronter
dans une guerre qui dura cinq années et à l’échelle du globe.
Alors qu’aujourd’hui les
nations occidentales ont définitivement scellé la paix par la création de l’Union
Européenne ainsi que par des systèmes d’échanges européens multiples et variés
dans différents domaines, échanges qui dépassent même les frontières de la CEE , qu’en est-il en Espagne
de la paix entre les héritiers de cette guerre civile ?
La guerre civile est-elle
terminée? Ne vit-elle pas encore dans les consciences ?
Le franquisme ainsi que toutes ses
composantes idéologiques et
institutionnelles n’ont-elles pas conditionnées la gestion politique de
l’Espagne d’aujourd’hui en continuant d’occuper les postes de pouvoir, de la Mairie de village à la Justice en passant par la Police , le Parlement, ainsi que toutes les institutions
administratives et religieuses ?
Dans les pays de la CEE il y a une très nette
montée en puissance des partis nationalistes et des idéologies inspirées du fascisme,
mais en Espagne il semble que ce ne soit pas le cas, alors que rien ne
semblerait devoir tenir ce pays en dehors de cette vague extrémiste :-
grave crise économique, chômage endémique, crise migratoire, corruption
de la classe politique. Tous les ingrédients pour l’épanouissement des
mouvements extrémistes, principalement de droite comme on le voit ailleurs sont
réunis en Espagne.
Il est connu et
reconnu que contrairement à un pays comme la France , il n’y a pas de « centre » et
que la droite espagnole est directement issue de la classe politique qui
régnait sous la dictature franquiste. C’est cette même droite qui a fait voter
en 1978 la Constitution
qui dans l’article 56 confirme le roi comme chef de l’état. La restauration de
la monarchie était une décision du général Franco qu’il avait demandé de faire
voter par le parlement après sa mort. La boucle était ainsi bouclée : le
dictateur s’était soulevé contre la république espagnole proclamée le 14 avril
1931 suite à des élections législatives, entrainant l’abdication du roi
Alphonse XIII. Franco quittait le pouvoir en mourant et en rétablissant sur le
trône d’Espagne, le petit fils d’Alphonse XIII.
La constitution de 1978 est
donc marquée de la patte du franquisme. Ses inspirateurs ne sont que les hommes
qui ont contribué à ce régime inspiré du fascisme italien.
Aujourd’hui encore, les
discours et manifestations publics, la politique de cette droite espagnole est
inspirée dans la plupart de ses aspects du franquisme tel qu’il était dans la
dernière décennie de sa présence officielle au pouvoir.
Ce conflit et ses conséquences reviennent sur le devant
de l’actualité aujourd’hui aussi en France. Bien sûr, le temps écoulé peut
atténuer les passions, la plupart des acteurs de cette guerre sont morts mais nous
savons aussi que c’est souvent la troisième génération des victimes de guerres
ou de génocides qui s’attache à raviver la mémoire de faits passés et à
demander des comptes à ceux qu’ils considèrent comme étant les responsables.
Rappelons-nous des mouvements des Arméniens il y a une trentaine d’années en
France. Des associations d’enfants et petits enfant de ces réfugiés
républicains se retournent aussi vers le passé familial pour retrouver des
racines, retracer le chemin qui les a amenés ici.
Cependant, si la guerre
d’Espagne s’est invitée dans l’actualité, ce n’est pas pour le conflit en
lui-même mais pour l’une de ses conséquences en France, celle de l’arrivée
d’environ 500 000 réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards qui ont
été mal traités par les autorités françaises.
Les plages du Roussillon en ce mois de février
1939 ont été les lieux d’accueil de ces gens brisés, terrorisés, à bout de
forces, affamés qui avaient fuit une mort certaine par les troupes
nationalistes espagnoles.
Ces plages n’avaient pour tout équipement que des
barbelés et pour tout personnel des tirailleurs sénégalais ou des spahis pour
garder emprisonnés ces gens dans la détresse par dizaine ou par centaine de
millier. Ni sanitaire, ni eau potable, distribution de pain « à la
volée » les premiers temps, l’obligation de creuser des trous dans le
sable pour se protéger du vent glacial, voilà l’image que l’histoire retiendra
de l’arrivée des Républicains espagnols dans la très fière patrie des droits de
l’homme, pays ami de la
République espagnole. (1)
Comment cet épisode ne pouvait-il
pas être rappelé au sujet des conditions dans lesquelles se trouvent les
migrants en France aujourd’hui. Près de 80 ans après ce drame de l’arrivée des
républicains espagnols, la leçon ne semble pas avoir été tirée.
L’attitude de mépris reste
la même et la question revient une fois encore sur le tapis, pourquoi
accueille-t-on si mal ces gens qui ont quitté leur pays chassés par la misère,
la guerre et qui n’ont pour toute option, rester et mourir ou bien partir.
Comment la France , pays riche, patrie
des Droits de l’homme n’est-elle pas en empathie devant ce drame humain. De
quoi les opposants à un accueil digne de ces gens qui souffrent ont-ils donc
peur ? Pourquoi, les hommes politiques, les élus ont peur de ces gens qui
ont peur de ces étrangers effrayés?
La proximité des échéances
électorales, cette période ou tout candidat se fait souvent caméléon à
l’approche des idées de l’électorat convoité est une des explications, mais
quelles sont les causes profondes de ce rejet de l’autre, comme un reflex,
comme une défense? Je préfère ne pas m’étendre sur ce sujet et je laisse aux
gens compétents le soin de répondre à cette question.
Raconter, expliquer,
commenter. Mais qui écouter ?
En pleine époque du scandale
médiatique provoqué par les propos de Jean-Marie Le Pen au sujet des chambres à
gaz au sujet desquelles il avait déclaré que ce n’était « qu’un détail
« de la seconde guerre mondiale, les discussions allaient bon train dans
tous les groupes de citoyens qui se sentaient concernés par ces propos où qui
avaient, comme pour tout sujet médiatisé, un avis personnel à donner.(2) Je me
demandais à mon tour me limitant au sujet lancé par le leader du FN, ce qui
était le plus emblématique, le plus tragique dans tout ce qui concerne la
déportation, les camps, les atrocités, les morts. Je n’arrivais pas à établir
une hiérarchie dans l’horreur, ni dans l’absurde qui finissait par en découler.
Je n’avais pas vu ou entendu qu’à l’évidence, le plus important de ces
atrocités, c’était l’oubli. L’ignorance qui comme l’a dit Karl Marx :-« celui
qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ». Belle formule,
certes discutable, néanmoins de l’oubli viendront les affabulations, les
imaginations, les délires, les récupérations, les calomnies.
Pour toute période marquée d’événements
terribles d’une somme incommensurable de douleurs et d’humiliations, seule la
mémoire, permettra d’éviter que tout cela n’ait servi à rien.
(1) très bon reportage de FR3 Toulouse
1988. La début peut-être gratuitement, ensuite le document est payant mais il
regroupe des témoignages intéressants. La première partie de ce documentaire
qui en compte trois est consacré aux camps.
Mais qui pour
raconter ?
Nous entrons ici dans le
domaine de la transmission, la transmission de la mémoire qui nous éclaire le
monde dans lequel nous vivons et peut aussi nous informer sur notre identité.
Connaître le monde dans lequel nous vivons, c’est aussi apprendre à
l’appréhender, à le craindre et à l’aimer.
Savoir ce qu’il s’est passé durant cette guerre d’Espagne
c’est comprendre que le conflit mondial était inévitable, que cette guerre
d’Espagne a été une répétition générale de la seconde guerre mondiale. Cette
terrible période est aussi une mine d’information sur les forces politiques,
idéologiques et militaires de l’époque. Beaucoup d’expériences libertaires ont
pu se réaliser dans un bref laps de temps. A l’opposé, les premiers
bombardements de cibles civiles par la légion Condor allemande et l’aviation
italienne ont été perpétrés à cette époque. L’hypocrisie des diplomaties
européennes, les marchés de dupes ont atteint aussi des sommets durant cette
guerre d’Espagne.
Transmettre tout cela n’est
pas chose aisée et l’on ne peut pas dire qu’en France la guerre d’Espagne ait
obtenu dans programmes d’histoire de l’Education Nationale la plus minime
attention.
Quand le sujet est abordé
dans les établissements scolaires, c’est souvent le fait de professeurs
d’espagnols, mais la génération de ces professeurs motivés par la transmission
de cette histoire est en train d’être atteinte par la limite d’âge.
Il existe encore, dans le cadre de projets
pluridisciplinaires des ateliers, des travaux sur ces évènements, mais je n’ai
pas eu vent de soutiens des inspecteurs de l’Education Nationale à ce genre de
projets au niveau national, plus attachés qu’ils sont à en soutenir
d’autres plus en vogue. Le phénomène de
mode n’épargne pas les personnels d’encadrement de cette institution. Pourtant,
des initiatives régionales ou locales on bien existées avec des plans de
travail et un fond documentaire, un matériel pédagogique complet. (3)
En décembre 2007, des
rencontres internationales ont été organisées à Lyon sur le thème de la guerre civile considérée, à juste
titre, enfin, comme un événement majeur du XXe siècle. Ces rencontres ont
permis de se poser la question sur les moyens de transmission de cette histoire et quelle
place lui était accordée à l’école.
Ces rencontres ont abouti à l’édition d’un ouvrage publié par l’Institut National de recherche Pédagogique qui
regroupe tous les aspects et éléments de cette guerre d’Espagne sans toutefois
être exhaustif et aborde aussi le thème des témoignages des acteurs de cette
guerre et de leur interprétation parfois nécessaire. (4)
(4) La guerre d’Espagne, l’écrire et l’enseigner
direction Benoît Falaize et Marianne
Koreta
Institu
national de Recherche Pédagogique Lyon. www.inrp.fr
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